L’autorisation pour la première fois par l’Égypte d’un maïs génétiquement modifié soulève des questions 19/06/2008 by Catherine Saez, Intellectual Property Watch Leave a Comment Share this:Click to share on Twitter (Opens in new window)Click to share on LinkedIn (Opens in new window)Click to share on Facebook (Opens in new window)Click to email this to a friend (Opens in new window)Click to print (Opens in new window)Wagdy Sawahel pour Intellectual Property Watch Les réactions de la communauté scientifique égyptienne sont mitigées à la suite de l’autorisation par l’Égypte de cultiver et de commercialiser une variété de maïs résistante aux organismes nuisibles. Cette annonce marque la première introduction légale de cultures génétiquement modifiées (GM) dans le monde arabe. Cette autorisation, qui porte sur une variété de maïs GM détenue par l’entreprise de biotechnologie Monsanto, prend appui sur une recommendation du comité national de biosécurité (National Biosafety Committee) et du comité d’enregistrement des semences (Seed Registration Committee) égyptiens, faisant suite à des essais au champ. Ces derniers ont révélé que l’infestation par trois espèces de pyrale du maïs, un insecte nuisible qui peut anéantir une récolte, était « insignifiante ou inexistante sur les plants Bt pendant toute la durée de la mise en culture et les différentes périodes d’ensemencement ». Un rapport daté du 16 avril rédigé par le réseau d’information sur l’agriculture mondiale (Global Agriculture Information Network) et publié par le ministère de l’Agriculture américain reprend en détail cette autorisation. Dénommé Ajeeb-YG, le maïs résistant aux organismes nuisibles est né d’un croisement entre le YieldGard Bt de Monsanto (le MON 810) , capable de résister aux insectes, et une variété de maïs d’Égypte, appelé Ajeeb. Ajeeb-YG sera distribué ce mois-ci aux exploitants agricoles égyptiens par l’entreprise Fine Seeds International, basée au Caire. La nouvelle a été accueillie de manière partagée par la communauté scientifique egyptienne, certains ayant exprimé leur inquiétude quant aux questions socio-économiques et politiques et celles touchant la propriété, la santé et l’environnement. Magdy Massoud, du département de protection des végétaux de la faculté d’agriculture de l’Université d’Alexandrie, qui a pris part à la réalisation des essais au champ, a déclaré à Intellectual Property Watch : « Toutes les études prouvent l’importance du maïs Bt pour l’Égypte, qui pourra ainsi bénéficier de récoltes plus abondantes et réduire l’utilisation d’insecticides chimiques sans que le rôle des prédateurs naturels utiles ne soit compromis, puisque seule la pyrale du maïs sera touchée ». Nagib Nassar, professeur égyptien de génétique et de sélection végétale à l’Université du Brésil a néanmoins expliqué à Intellectual Property Watch qu’« en fin de compte, ce qui était à l’origine une variété égyptienne va être enregistré en Égypte mais possédé par Monsanto. Les scientifiques égyptiens n’auront finalement plus qu’à effectuer le rétrocroisement, tout comme le faisaient leurs ancêtres ». Plants GM, du partenariat à la propriété ? Selon Tarek Saif, biotechnologiste à l’institut national d’océanographie et de pêche égyptien (National Institute of Oceanography and Fisheries), la collaboration entre l’Égypte et Monsanto a débuté par un « partenariat », permettant ainsi de préparer le terrain pour l’adhésion de l’opinion publique aux plants GM avant de se transformer en « propriété » de Monsanto. « Comment une variété égyptienne est-elle tombée entre les mains de Monsanto, qui s’est contenté de la croiser avec sa lignée ? » s’interroge-t-il. Selon lui, le groupe est en train de développer un coton longues fibres GM résistant aux insectes grâce à un croisement entre un germeplasme égyptien de haute qualité et Bollgard II, qui lui appartient. « Si ce soi-disant “partenariat” se transforme également en “propriété” de Monsanto, comme c’est le cas pour le maïs Bt, l’Égypte devra faire face à des conséquences socio-économiques difficiles. En effet, son coton est connu pour sa qualité de renommée mondiale, et qu’il constitue le bien issu de l’agriculture le plus exporté », a conclu Tarek Saif. Mohammad Taeb, expert en transfert de technologie et ancien coordinateur du programme de recherche et de développement de la capacité humaine à l’Institut d’études supérieures de l’Université des Nations Unies (basée au Japon) a déclaré, quant à lui, que « les activités de production et de culture de semences GM du secteur privé sont inévitables et peut-être même nécessaires. Cependant, la polémique qui a éclaté dans les pays en développement porte sur l’absence d’un cadre légal et d’une réglementation en matière de production d’organismes génétiquement modifiés par les entreprises ». Ce dernier a rajouté que « le partenariat est un mécanisme de transfert de technologie des pays développés vers les pays en développement ». Mais pour saisir cette opportunité, « les pays en développement ont besoin d’une capacité institutionnelle minimale pour pouvoir tirer avantage de ce transfert. Autrement, les entreprises viennent dans les pays en développement, empochent les bénéfices commerciaux et ne donnent rien en retour ». Monsieur Taeb a également souligné que « la vraie question est de savoir si l’organisation institutionnelle de l’Égypte peut lui permettre de tirer profit de son partenariat avec Monsanto. Si c’est le cas, le déroulement de ce processus et les acteurs impliqués restent à déterminer ». « En soi, savoir qui possède les cultures de maïs ou de coton GM importe peu car la variété est en constante évolution », a poursuivi monsieur Taeb. « La pureté variétale sera altérée au fil du temps, sauf si l’on peut avoir accès aux parents et reconstituer la configuration génétique originale ». En conséquence, « Ce qui importe réellement est le savoir-faire technique utilisé pour élaborer le maïs ou le coton GM. Si ce dernier est transmis à l’Égypte, la présence de Monsanto est la bienvenue ». « Mais ce que j’ai pu constater dans les faits, c’est l’incapacité des pays en développement à absorber la technologie de pointe amenée par les groupes étrangers. Ce qui nous ramène au problème de la capacité institutionnelle des pays en développement à gérer le transfert de technologie », a conclu Mohammad Taeb. L’impact socio-économique des plants GM sur les petits exploitants agricoles Monsieur Nassar a déclaré que « le coût économique [de cette variété de maïs Bt va être] lourd à porter pour les petits exploitants. Il reste à savoir ce que prévoit le contrat nommé « contrat d’utilisation de technologie » (Technology Use Agreement), que les exploitants agricoles doivent signer et quelles sont les poursuites et les amendes qu’ils risquent en cas de violation de contrat ». Certains de ces contrats indiquent que les exploitants ne peuvent pas conserver des semences pour la replantation ni en fournir à qui que ce soit. « Qui plus est, a poursuivi monsieur Nassar, les exploitants les plus humbles devront obligatoirement détruire les semences qu’il leur reste après le semis. Pour la récolte suivante, ils devront acheter de nouvelles semences à la multinationale. Or, lorsqu’ils détruisent les semences, ils détruisent également la variabilité génétique dont auraient pu profiter les futures récoltes ». Monsieur Nassar a déclaré s’attendre à ce que la régénération des semences céréalières soit interrompue au niveau des villages égyptiens. Ceci aurait pour conséquence la rupture du cycle agricole, au cours duquel les exploitants stockent les semences pour les récolter à la saison suivante. « Les petits exploitants agricoles ou les agriculteurs les plus démunis dépendent de la rotation des cultures comme moyen naturel de fertilisation du sol, grâce à la fixation de l’azote [causée par un gène]. Ce ne sera plus possible désormais. Simplement parce que la toxine produite par les plants Bt, en se mélangeant au sol, tuera le gène de fixation de l’azote ». Impact politique, environnemental et sanitaire Tarek Saif a lancé une mise en garde contre les répercussions politiques de la culture et de la commercialisation d’une variété de maïs Bt en Égypte. « Les exploitants égyptiens qui cultivent cette céréale vont devenir dépendants des entreprises étrangères pour s’approvisionner en semences, en engrais, en insecticides et en désherbants coûteux. Leur autonomie et le contrôle de leurs semences pourraient disparaître, tout comme leur source de revenus et leurs traditions culturelles », a-t-il déclaré à Intellectual Property Watch. Selon Nagib Nassar, « c’est l’effet de ce plant de maïs Bt qui est peut-être plus alarmant. En effet il risque, à l’échelle locale, d’affecter les abeilles et la faune et la flore sauvages, en particulier dans la zone du delta du Nil où l’on rencontre une vie animale et végétale dense ainsi qu’une forte présence humaine, et d’autre part, à l’échelle régionale, de contaminer des semences des pays voisins où le maïs Bt n’est toujours pas autorisé comme l’Éthiopie, le Soudan, la Zambie et d’autres ». Mohamed El-Defrawy, professeur de génétique des populations à la faculté d’agriculture de l’Université d’Assuit (en Égypte) a déclaré à Intellectual Property Watch : « Je fais partie des fervents opposants à l’autorisation des plants GM en Égypte étant donné que personne ne connaît les conséquences sur les populations vivant de l’agriculture et sur la faune et la flore sauvages ». Perspectives Magdi Tawfik Abdelhamid, biotechnologiste spécialisé dans les végétaux au centre de recherche national du Caire (National Research Centre), s’est exprimé sur les possibles impacts négatifs des semences GM. « Des recherches axées sur les thèmes socio-économique, environnemental, sanitaire et agronomique entourant les cultures GM doivent être menées. Un examen approfondi des politiques concernant les aliments issus de l’agriculture et le développement rural est nécéssaire. Il conviendra également de déterminer les avantages apportés aux plus démunis par les plants GM et de développer des programmes de sensibilisation du public et des exploitants agricoles sur les cultures GM afin de garantir des consultations publiques appropriées ». Monsieur Abdelhamid a ajouté que l’Égypte a besoin de promouvoir la recherche et le développement autour des plants GM et d’élaborer son propre maïs Bt en utilisant la technologie locale, afin de protéger ses petits exploitants agricoles. « Les mesures de biosécurité en Égypte doivent être renforcées par l’approbation de la législation dans ce domaine, qui n’a pas encore été présentée au Parlement », a-t-il conclu. En Égypte, les plants GM font actuellement l’objet d’une réglementation qui comprend des décrets ministériels et le Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques. La loi égyptienne de 2002 portant sur la protection des droits de propriété intellectuelle a adopté les critères de brevetabilité tels qu’ils sont indiqués dans l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord sur les ADPIC), a expliqué Mohammad Taeb. Néanmoins, l’Accord sur les ADPIC donne droit à des entreprises agro-industrielles de pénètrer le marché des semences des pays en développement et d’acquérir les droits de propriété intellectuelle de variétés de végétaux. 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